Nos ancêtres les Germains : Les archéologues au service des Nazis

Auteur : Olivier, Laurent
Editeur / Agent : Tallandier
Genre : Non fiction, adulte, histoire

Mise au service du nazisme, l'archéologie fournissait ainsi une légitimité scientifique directe à l'entreprise « d'épuration raciale » et de germanisation forcée menée par le IIIe Reich. Un secret embarrassant a pesé sur l'archéologie européenne de l'après-guerre. Il était impossible de reconnaître que, tandis que les planificateurs nazis réorganisaient, à coups d'exterminations et de déplacements de populations, le peuplement d'une nouvelle Europe dominée par la « Grande Allemagne », les archéologues réécrivaient une histoire du continent européen dominée depuis les origines de l'humanité par les conquêtes de la « race supérieure germanique ». Pendant la Seconde Guerre mondiale, 86% des archéologues allemands ont été membres du parti nazi. Leur objectif : montrer l'ancienneté de la présence des Germains en Europe, même dans les régions les plus improbables. Se conjuguent la volonté d'effacer les pertes territoriales dues au Traité de Versailles, et celle de conquérir de nouveaux territoires. Cette « nouvelle archéologie » allemande fut servie avec enthousiasme par une génération de jeunes chercheurs qui poursuivirent brillamment leur carrière après 1945 et continuèrent à former les nouvelles générations de chercheurs jusque dans les années 1980. Cette continuité a directement contribué à entretenir une véritable omerta sur le passé nazi de la discipline archéologique. Avec la disparition des derniers témoins du nazisme, de nouvelles recherches sur les projets archéologiques mis en place par les autorités nationales-socialistes ont enfin pu se développer. Ces dernières années, l'étude des sources d'archives européennes révèle l'étendue de cette entreprise d'instrumentalisation au profit de l'idéologie nazie. Ces recherches soulignent également l'importance de cet encombrant héritage dans l'archéologie européenne actuelle. A tous, elles rappellent la responsabilité des archéologues et des spécialistes du passé lorsque ce dernier devient une arme, utilisée d'abord pour exclure l'autre, puis bientôt le faire disparaître.


Editions Tallandier, Paris, 2012, 250 pages, ISBN : 978-2-84734-960-3

Biographie :

Laurent Olivier est conservateur en chef du Patrimoine, en charge des collections celtiques et gauloises au Musée d'Archéologie nationale de Saint-Germain-en-Laye. Une part importante de ses recherches est consacrée à l'histoire de la discipline archéologique et à son rôle dans la constitution des identités collectives. Il a publié notamment Le sombre abîme du Temps, mémoire et archéologie, paru en 2008 aux éditions du Seuil, dont la traduction anglaise a parue aux Etats-Unis en 2011.