La route de la Kolyma

Auteur : Werth, Nicolas
Editeur / Agent : Belin
Genre : Non Fiction, adulte

Historien internationalement reconnu de l URSS stalinienne, Nicolas Werth a éprouvé le besoin d aller sur place, tenter d approcher différemment ces lieux, partir à la recherche des traces du plus grand système concentrationnaire du vingtième siècle. La route de la Kolyma est le récit de cette expédition insolite et fascinante dans cette immense contrée isolée de la Sibérie orientale, à neuf heures de vol de Moscou.

Région emblématique du Goulag, la Kolyma, grande comme deux fois la France, est aujourd hui une région sinistrée, aux villes dépeuplées. Avec deux amis de l association Memorial, ONG russe qui s efforce de sauvegarder la mémoire du Goulag et des répressions staliniennes, Nicolas Werth a rencontré les derniers survivants des camps, mais aussi les rares « enthousiastes de la mémoire » qui luttent obstinément pour que cette page sombre de l Histoire ne soit pas oubliée. Il a sillonné les pistes de la Kolyma, construites par les détenus eux-mêmes pour tenter de retrouver les vestiges des camps de travail forcé, où les détenus extrayaient, dans des conditions extrêmes ( 50° l hiver) l or, grande richesse de la Kolyma, mais aussi le minerai d étain, le cobalt, l uranium. Une quête souvent vaine, tant les traces se sont effacées dans ce milieu que l homme n a jamais véritablement conquis.

Dans ces conditions, comment l historien peut-il encore appréhender cette civilisation disparue ? Ce voyage à la recherche de la Kolyma perdue est aussi une réflexion sur le métier d historien.

Belin, Paris, 2012-2017, 240 pages, ISBN : 978-2701164168

Biographie :

En écrivant son récit de voyage (étrangement dépourvu de cartes), Nicolas Werth cherchait donc à traverser les apparences, tentant de donner corps à cette région fantôme qu'il n'avait jusque-là " explorée qu'à travers les tombereaux d'archives de l'administration du goulag ". Vous avez bien lu : " tombereaux " et non " tombeaux ". Les archives ne sont rien d'autre qu'un rebut, et c'est l'historien qui poétise ce reste en trace. Miron Markovitch, 82 ans quand on l'interroge, en ricane : " Vous cherchez les dernières traces avant qu'elles ne s'effacent. Des traces ? Je ne comprends pas. Ce n'est pas le mot qui convient. " Lorsque Werth se heurte ainsi aux bornes de l'écriture académique, à maintes reprises, lui reviennent en mémoire les Récits de la Kolyma, de Varlam Chalamov (Verdier, 2003). Car la littérature est bien l'autre frontière de l'historien, dès lors qu'il fait l'expérience de sa propre insuffisance. (Le Monde du 18 octobre 2012 )